C’est un véritable séisme pour les amateurs de RPG, mais aussi pour le jeu vidéo occidental de manière générale. Après plus de 30 ans d’existence, BioWare va fermer ses portes, avec la conséquence que le prochain Mass Effect 5 ne verra jamais le jour. Electronic Arts a confirmé la nouvelle ce mercredi 21 octobre, mettant fin à l’histoire d’un studio qui aura marqué durablement le jeu vidéo avec des licences comme Baldur’s Gate, Dragon Age et Mass Effect. Une disparition qui intervient dans un contexte particulièrement tendu pour EA, deux mois après son rachat par le fonds souverain saoudien, le Public Investment Fund (PIF), dans le cadre d’une opération estimée à 55 milliards de dollars.
Game over, merci pour tout
Sur les réseaux sociaux, BioWare a publié un message dans lequel le studio revient sur les trois décennies passées à construire ses univers. « Depuis plus de 30 ans, BioWare est plus qu’un studio. C’est un foyer pour les conteurs, les développeurs et les joueurs qui ont donné vie à nos mondes », explique l’équipe, avant de confirmer la fermeture et l’arrêt du développement préliminaire du prochain Mass Effect. Le message se termine par des remerciements adressés aux joueurs, qui ont fait vivre ces jeux en s’appropriant leurs histoires et en débattant de leurs choix, l'une des mécaniques signature du studio. Derrière ces mots, difficile de ne pas voir la fin d’une époque. BioWare a longtemps représenté une certaine idée du jeu de rôle occidental, avec des aventures où les décisions du joueur pouvaient peser sur le récit et les relations entre les personnages. Le studio avait encore des choses à raconter, mais EA en a décidé autrement.
Fondé en 1995 à Edmonton, au Canada, par les médecins Ray Muzyka et Greg Zeschuk, BioWare s’est rapidement imposé avec Baldur’s Gate, avant de confirmer son talent avec Neverwinter Nights et Star Wars Knights of the Old Republic. Le studio a ensuite créé 2 des licences les plus populaires du RPG moderne, Dragon Age et Mass Effect, dont les personnages et les univers ont marqué toute une génération de joueurs. Ensuite, Electronic Arts a racheté BioWare en 2007. Les années suivantes ont pourtant été plus compliquées, avec des projets qui n’ont pas toujours rencontré le succès espéré. Mass Effect Andromeda a déçu une partie du public en 2017, puis Anthem, le jeu d’action en ligne sur lequel le studio avait placé beaucoup d’espoirs, s’est soldé par un échec. Plus récemment, Dragon Age The Veilguard, sorti en 2024, avait dû faire face à la colère des joueurs anti-wokes, ce qui a valu au jeu de faire des mauvaises ventes, ou du moins insuffisantes pour rentabiliser un tel projet.
Le studio espérait pouvoir rebondir avec le prochain Mass Effect, annoncé en 2020, mais depuis, les informations sur le projet se sont faites rares, même si les responsables de la série avaient encore assuré l’an dernier que le développement se poursuivait. BioWare avait déjà subi des réductions d’effectifs, avec le départ de plusieurs figures historiques. La fermeture annoncée aujourd’hui vient donc mettre un terme à ce qui devait être le prochain grand chapitre de la franchise.
Sacrifié sur l’autel des économies
Selon Bloomberg, la fermeture de BioWare s’inscrit dans un plan plus large de réduction des effectifs chez Electronic Arts. Environ 400 postes seraient concernés, soit près de 3% des salariés du groupe, dont une cinquantaine chez BioWare. Dans une lettre adressée au personnel, le directeur des opérations David Tinson et le responsable des studios Cam Weber auraient expliqué que l’entreprise avait passé plusieurs mois à réévaluer ses activités. Cela dit, le timing a de quoi interpeller, puisque fin août 2026, Electronic Arts a finalisé son rachat par le fonds souverain saoudien PIF, pour une somme importante de 55 milliards de dollars. Cette acquisition a fait sortir l’éditeur de la bourse, mais elle lui laisse aussi une dette considérable, estimée à environ 18 milliards de dollars, avec des intérêts annuels qui avoisineraient 1,8 milliard. Plus tôt dans l’année, EA avait d’ailleurs annoncé aux investisseurs vouloir réduire ses coûts de 700 millions de dollars par an.
Dans ces conditions, les économies semblent désormais passer avant certains projets historiques, mais EA affirme vouloir continuer à investir dans ses grandes licences sportives (d'où l'annonce du retour de Fight Night), Apex Legends et Battlefield. L'éditeur compte également poursuivre ses productions d'action-aventure, avec le prochain Star Wars Jedi et le jeu Marvel’s Iron Man. BioWare avait connu des années difficiles, et ses derniers jeux n’ont pas tous répondu aux attentes des joueurs ni de son éditeur. Mais cela ne change rien à l’importance de son héritage, et malgré des jeux parfois décevants, le studio a contribué à faire du RPG occidental sa grande fierté. RIP Bioware et merci pour tout.
