Alors que plusieurs grands salons occidentaux peinent à retrouver leur public, Bangkok donne une tout autre image de l'industrie du jeu vidéo. Pour sa nouvelle édition organisée du 29 octobre au 1er novembre 2026, la Gamescom Asia, fusionnée avec le Thailand Game Show, a attiré une foule impressionnante au Queen Sirikit National Convention Center. Des files d'attente dès l'ouverture, des allées bondées, des cosplayers à chaque coin de hall et une ambiance particulièrement festive : le public thaïlandais a répondu présent, et le spectacle vaut à lui seul le déplacement. C'est en effet ce qui nous a frappé dès notre arrivée sur place. Avant même l'ouverture des portes, les visiteurs patientaient déjà en nombre devant les 4 entrées du salon, sagement, avec respect et ordre d'arrivée. Une fois à l'intérieur, le sentiment se confirme rapidement : l'ambiance rappelle celle du Tokyo Game Show, avec ses stands richement décorés et ses éclairages spectaculaires, mais dans une atmosphère plus détendue, spontanée et accessible. Le cosplay occupe une place importante, les visiteurs prenaient le temps de poser devant les installations et les animations attirent continuellement du monde.
Une effervescence qui fait plaisir à voir (et à vivre)
Cette affluence se retrouvait jusque devant les stands des éditeurs, et ce quels qu'ils soient. Wuthering Waves, le RPG d'action free-to-play chinois, faisait partie des attractions les plus populaires du salon, avec une file d'attente qui débordaity largement de son espace de jeu. Preuve que le titre de Kuro Games bénéficie d'une solide communauté en Asie, bien au-delà du seul marché chinois. Une réalité qui rappelle encore une fois que les goûts du public asiatique ne correspondent pas toujours aux tendances observées en Europe ou aux États-Unis. Les grands éditeurs internationaux ont également répondu présent. Ubisoft disposait lui aussi d'un espace consacré à Rayman Legends Retold, mais aussi quelques bornes jouables d'Assassin's Creed Black Flag Resynced, son autre remake. Nintendo exposait de son côté plusieurs produits autour de Zelda, dont une édition collector de la Switch 2 aux couleurs d'Ocarina of Time, tandis que Pokémon accueille les visiteurs avec des bornes et des goodies. PlayStation était également présent avec plusieurs jeux, comme Wolverine, Marvel Tokon Fighting Souls, Call of Duty Modern Warfare 4, mais aussi Phantom Blade Zero, jouable sur PS5 Pro, sans oublier plusieurs accessoires et manettes version éditions spéciales. On pouvait trouver les DualSense inspirées de Lisa, membre du groupe Blackpink, de Gran Turismo et de GTA 6 qui ont évidemment attiré notre attention. On a également apprécié les enceintes Pulse Elevate qu'on avait pu tester à Londres il y a plusieurs mois et dont le rendu sonore est particulièrement impressionnant. Et enfin, il y avait la console PS5 aux couleurs de Wolverine.

Le salon permettait également de mesurer le poids des acteurs asiatiques dans cette industrie. Les historiques japonais comme Capcom, SEGA et Bandai Namco occupaient des espaces conséquents, mais Riot Games (qui est désormais 100% chinois) a vraiment capté l'attention des joueurs autour de League of Legends et Valorant, et plusieurs productions régionales ont profité d'une exposition rarement aussi visible sur les grands rendez-vous européens. La présence de John Romero, venu rencontrer ses fans et signer des affiches de Doom et Wolfenstein, témoigne aussi de la dimension internationale prise par l'événement.
Les studios asiatiques à l’honneur
Mais l'un des aspects les plus intéressants de cette édition se trouvait peut-être du côté des indépendants. Plusieurs rangées de bornes étaient entièrement consacrées aux studios et aux créateurs, avec des projets étudiants, des productions développées par de petites équipes et des jeux thaïlandais encore méconnus à découvrir directement sur leurs bornes. Cette organisation a permis de favoriser les échanges avec les développeurs et a permis surtout de passer facilement d'une proposition à une autre. Le public a répondu présent, y compris pour des titres qui n'ont pas forcément les moyens de communication des grandes productions. La Malaisie a elle aussi profité aussi de cette vitrine qu'est la gamescom Asia pour faire parler d'elle. Le stand du MDEC a mis en avant plusieurs studios locaux, dont Metronomik, connu pour No Straight Roads, avec son prochain jeu Ondeh Ondeh. La production, éditée par Bandai Namco et attendue en 2027, puise dans la culture malaisienne jusque dans son inspiration culinaire. Une manière de donner une identité propre à ces jeux et de faire découvrir une autre facette de la création asiatique. Car c'est comme ça que la Chine a réussi à s'imposer son savoir-faire sur la scène internationale.

Notre tour du salon nous a permis de découvrir aussi Muay Thai Extreme, un jeu de combat inspiré du MMA attendu au deuxième trimestre 2027. Son stand proposait d'ailleurs un ring où les visiteurs peuvaient s'entraîner avec un coach impliqué comme jamais. Après, côté jeu réel, il reste un titre avec pas forcément des grands moyens (entre le jeu indé et le AA), toujours en développement. On a pu constater que ses animations manquaient encore de naturel, mais on espère que le studio saura trouver son public. Le programme ne se limitait d'ailleurs pas aux jeux vidéo. La scène principale accueillait aussi des performances musicales, avec un concert d'une trentaine de minutes donné par la gagnante d'America's Got Talent, la désormais célèbre Nene Royal, de son vrai nom Rattikarn "Praew" Amloy, et seulement âgée de 16 ans. Une parenthèse musicale qui participait à l'ambiance festive du salon et rappelait que la Gamescom Asia x Thailand Game Show cherchait aussi à proposer un véritable spectacle à ses visiteurs, au-delà des démonstrations et des stands.
Pour Fabien Pellegrini, qui était d'ailleurs à mes côtés pour la couverture du salon, la réussite due la gamescom Asia X Thailand Game Show tient aussi à ce mélange entre productions occidentales et asiatiques. Fabien a en effet cité Lost and Found, un jeu d'objets cachés qui a attiré les visiteurs sur plusieurs espaces (stand Nintendo, stand indé, corner BtoB), ainsi que Finding Ghosts et son univers inspiré de la culture thaïlandaise. Des productions qui trouvent leur public aux côtés de titres internationaux comme Dave the Diver, c'est précisément cette cohabitation qui donne au salon une identité particulière. La gamescom Asia x Thailand Game Show ne se contente pas d'importer les grandes marques du jeu vidéo à Bangkok, puisqu'il donne une vraie visibilité aux studios locaux et rassemble un public en quête d'un nouveau jeu vidéo. Dans un contexte où certains salons occidentaux cherchent encore leur second souffle, l'énergie observée en Thaïlande mérite qu'on s'y intéresse désormais de près.