Les plus

  • Un système de gestion du temps stratégique plutôt que stressant
  • Une savoureuse ambiance vampiro-gothique
  • Une dualité jour/nuit intéressante
  • Des combats directionnels qui fonctionnent bien
  • Un scénario plaisant et des choix qui comptent
  • Une grande liberté laissée dans l’exploration
  • Un doublage français bien présent

Les moins

  • Un open world à l’ancienne
  • Quelques maladresses dans les menus
  • Des animations raides
  • Des déplacements pas toujours souples
  • Un système de lock un peu flottant
  • Bref, une technique globalement datée

Lorsque d’anciens développeurs de The Witcher 3 ont annoncé leur nouveau jeu, les joueurs ont retenu leur souffle. Nous pouvons maintenant tous respirer !

Fabien Pellegrini
Fabien Pellegrini
The Blood of Dawnwalker

Depuis la parution en 1991 du jeu de rôle papier Vampire : La mascarade, la figure du vampire et les RPG, y compris vidéoludiques, font plutôt bon ménage. Immortalité, pouvoirs surnaturels et éternel dilemme entre humanité et monstruosité forment un terreau fertile pour des mécaniques de jeu efficaces et des récits complexes. Avec The Blood of Dawnwalker, le studio Rebel Wolves nous propose aujourd’hui sa propre interprétation du mythe. Non dénuée d’influences, comme nous pouvions nous y attendre pour un studio dirigé par Konrad Tomaszkiewicz, ancien réalisateur de The Witcher 3.

Alors réglons d’emblée cette question : oui, les deux jeux se ressemblent sur bien des points [...] Même notre nouveau héros à la longue chevelure a des faux airs de Geralt de Riv brun ! 

Qu’on le souhaite ou non, The Blood of Dawnwalker ne peut échapper à la comparaison avec The Witcher 3 Wild Hunt. Les deux titres sont à ranger dans la même catégorie du RPG médiéval-fantastique en monde ouvert et, surtout, le studio polonais Rebel Wolves comporte une vingtaine d’anciens employés de CD Projekt ayant travaillé sur la saga vidéoludique du sorceleur. Alors réglons d’emblée cette question : oui, les deux jeux se ressemblent sur bien des points (direction artistique, univers aux accents gothiques, certaines animations, certains menus, certaines mécaniques…). Même notre nouveau héros à la longue chevelure a des faux airs de Geralt de Riv brun ! La filiation entre les deux productions est évidente, justifiée par le CV des développeurs, et d’ailleurs plutôt flatteuse dans l'absolu. Après tout, on ne mange pas de l’émule réussi de The Witcher 3 tous les quatre matins. Le seul véritable revers de cette médaille provient de l’aspect technique, qui évoque plutôt l’ancienne génération que la nouvelle. L’Unreal Engine 5 n’est ici pas vraiment poussé dans ses retranchements. Certaines animations manquent de fluidité, la progression verticale n’est pas toujours aisée, il arrive que des éléments du décor nous empêchent de réaliser des esquives lors des affrontements, et le système de lock manque de précision et de constance.

The Blood of Dawnwalker

Mais qu’on ne s’y trompe pas, les combats ne sont pas à vouer aux gémonies pour autant. Ainsi, ils empruntent aux deux épisodes de Kingdom Come : Deliverance et nous incitent à tenir compte des directions des coups, que ce soit pour placer les nôtres ou parer ceux des ennemis. Les différentes options de difficulté et de personnalisation permettent de simplifier ou complexifier à loisir ce principe de base, mais le mode par défaut trouve déjà un très bon équilibre. Combiné aux différents pouvoirs magiques et autres bottes secrètes, ce système directionnel possède suffisamment de richesse pour ne jamais lasser. Mais au-delà de ses qualités en matière d’action, The Blood of Dawnwalker est avant tout un excellent RPG.

VRAKHIR, VOUS AVEZ DIT VRAKHIR ?

Le scénario nous propulse en 1347, dans une vallée fictive des Carpates, et dans la peau de Coen, un jeune paysan amené à résister aux seigneurs et saigneurs vampires (ici appelés vrakhirs) de la région. Si le récit principal suit une trame de revanche relativement classique, l’écriture évite un trop grand manichéisme. Les motivations et agissements du terrifiant Brencis, et de ses trois lieutenants non moins monstrueux, restent compréhensibles, voire acceptables, puisque l’échange de sang régulier entre les vrakhirs et les humains évite par exemple à ces derniers de succomber à la peste. De plus, une fois les événements du prologue passé, Coen n’appartient plus à aucune de ces catégories. Sa transformation en vrakhir ne pouvant être pleinement réalisée, notre héros devient en effet un vespéral. Humain le jour et vampire la nuit, le personnage que l’on incarne hérite donc de multiples pouvoirs (dont la sympathique possibilité de parler avec certains cadavres). Sous le soleil, on peut par exemple manier l’épée, se soigner en mangeant, et utiliser de la magie runique. Le soir tombé, on a tendance à privilégier les coups de griffes et il devient nécessaire de boire du sang pour retrouver de la santé.

The Blood of Dawnwalker

L’exploration évolue également en fonction du cycle horaire puisque, de nuit, il est possible de se transformer en loup pour se déplacer plus rapidement, de se téléporter sur de courtes distances, et même de marcher sur les murs et les plafonds. Cette dernière fonctionnalité manque hélas de souplesse et de fluidité, et ne réalise donc pas totalement son potentiel. On pardonne tout de même assez facilement cette faiblesse, car le jeu tient ses promesses en matière de choix et de conséquences. Il est ainsi possible d’embrasser plus ou moins le côté obscur de la force, les dialogues proposent régulièrement des embranchements qui comptent, et l’aventure peut aboutir à sept fins différentes. De plus, le système de contrainte temporelle est susceptible de nous faire louper des arcs narratifs entiers (généralement secondaires, heureusement). 

LAISSER LE TEMPS AU TEMPS

Nous n’avons pas encore évoqué cet aspect, mais vous êtes certainement déjà au courant : la quête principale doit être réalisée sous 30 jours et 30 nuits pour être pleinement réussie. Personne n’aimant vivre une aventure sous la pression d’un chronomètre, les développeurs ont joué avec le feu en imposant cette limite. Bonne nouvelle, ce pari audacieux se révèle gagnant ! Plutôt que de défiler de manière continue, ce qui aurait été inutilement stressant, le temps doit être ici considéré comme une ressource à dépenser stratégiquement. Chaque jour est découpé en huit segments temporels distincts, et il en va de même pour chaque nuit. Se déplacer dans le monde ouvert ne consomme aucune unité temporelle, y compris lors des voyages rapides. La liberté d’exploration reste donc intacte. En revanche, certaines quêtes, certaines activités, certaines options de dialogues et même la plupart des améliorations dans les trois arbres de talents (général, magie, vampirisme) sont susceptibles de coûter du temps. Le nombre de segments qui seront prélevés étant toujours clairement indiqué à l’avance, on peut paradoxalement prendre tout le temps que l’on souhaite avant d’opter pour une telle option. Le joueur n’est donc jamais pris en traître, jamais mis sous pression, et toujours apte à réaliser des choix temporels éclairés, et donc stratégiques.

The Blood of Dawnwalker

Relativement originale, et définitivement bienvenue, cette mécanique ne suffit toutefois pas à transcender à elle seule le monde ouvert qui nous est proposé. Très Ubisoft dans l’âme, celui-ci fait appel à des tours permettant de dévoiler de multiples points d’intérêts sur la carte, à des activités annexes parfois répétitives, et à un système d’infamie qui augmente en fonction de nos actions. La progression structurée autour d’un chef de clan principal et de trois lieutenants à abattre rappelle même plus particulièrement Far Cry 5. C’est efficace et pas désagréable mais, de The Legend of Zelda : Breath of the Wild jusqu’à Crimson Desert en passant par Red Dead Redemption 2, d’autres mondes ouverts nous ont prouvé avec brio qu’il est possible de s’affranchir de cette recette classique. The Blood of Dawnwalker ne s’élève donc pas encore au rang des plus grands mais, pour le premier titre d’un nouveau studio, la franche réussite est déjà au rendez-vous.

The Blood of Dawnwalker
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