Les plus
- Un système 4v4 qui apporte une vraie identité au jeu
- Une barre de vie commune qui rend le format beaucoup plus accessible
- Des mécaniques défensives simples à comprendre mais riches à maîtriser
- Un gameplay qui récompense réellement la progression
- Un casting Marvel varié et particulièrement bien caractérisé
- Une direction artistique absolument somptueuse
- Des Épisodes mieux écrits que prévu
- Un vrai potentiel compétitif
Les moins
- Seulement 21 persos pour un jeu en 4v4
- Une lisibilité qui souffre lorsque l'écran s'emballe
- Des différences entre certains personnages qui apparaissent surtout à haut niveau
- Un contenu solo trop léger
Ça ressemble à Marvel vs Capcom, mais ce n'est pas Marvel vs Capcom.
Quand un jeu de baston Marvel débarque sur le marché, difficile de ne pas y associer le nom de Capcom tant le studio japonais a façonné l’histoire du VS Fighting du côté des super-héros. Mais comme vous le savez, toutes les bonnes choses ont une fin, même les meilleures associations (RIP Jeuxactu) et c’est le cas aussi pour Marvel Tokon Fighting Souls. Exit Capcom et welcome Arc System Works, qui après des années à travailler sur des licences comme Guilty Gear, BlazBlue ou Dragon Ball FighterZ, s’attaque désormais à l’un des univers les plus emblématiques de la culture populaire. Et plutôt que de simplement copier la formule Marvel vs. Capcom, le studio japonais tente quelque chose de différent avec des affrontements en 4 contre 4, particulièrement spectaculaires et accessibles en apparence. Mais derrière son côté très mainstream, Marvel Tokon Fighting Souls nous réserve de belles surprises, si l’on a grandi avec un stick arcade entre les mains.
4v4, pas 4x4
La première bonne surprise, c’est finalement de voir que Marvel Tōkon Fighting Souls ne cherche pas simplement à reproduire ce qui a déjà été fait dans le domaine. On aurait pu facilement imaginer Arc System Works reprendre les grandes lignes des épisodes de Marvel vs. Capcom, ajouter ses animations caractéristiques et se contenter de changer les personnages, et cela aurait sans doute permis de vendre le produit sans trop de difficultés. Au lieu de cela, le studio japonais a cherché à répondre à une question assez simple : comment faire coexister et fonctionner quatre personnages dans une équipe soudée ? La réponse tient en partie dans cette fameuse barre de vie commune. Car dans Marvel Tokon Fighting Souls, vous choisissez quatre combattants, mais vous ne gérez pas quatre réserves de vie différentes. Toute la team partage la même jauge, ce qui change immédiatement la philosophie du jeu. Vous n'avez donc pas forcément besoin de savoir jouer parfaitement les quatre membres de votre équipe. Par exemple, rien ne vous empêche de construire votre stratégie autour d'un personnage principal et d'utiliser les trois autres comme assistants.

C'est une décision assez maligne, parce qu'elle enlève une partie de la barrière psychologique qui accompagne habituellement les tag fighters. Quand on vous demande de maîtriser trois ou quatre personnages dans un jeu comme Dragon Ball FighterZ, la montagne paraît rapidement infranchissable, surtout pour le grand public. Ici, vous pouvez commencer par apprendre à jouer Spider-Man, puis découvrir progressivement ce que les trois autres membres comme Wolverine, Hulk, Magneto, ou n’importe quel autre membre de votre équipe peuvent apporter. Mieux encore, si vous avez envie de vous investir plus sérieusement, le système est suffisamment riche pour vous le permettre. Parce que oui, derrière son approche mainstream, Marvel Tokon Fighting Souls possède l’aura des jeux Arc System Works, avec cette profondeur disponible qui permet aux acharnés d’aller plus loin. La preuve, les quatre personnages n'ont pas simplement été empilés les uns derrière les autres : leur position dans l'équipe influence également les assists qu'ils peuvent proposer. Ils servent également d'assistants, avec des attaques qui varient selon leur position dans l'équipe. Certains combattants seront particulièrement efficaces comme soutien, tandis que d'autres seront beaucoup plus intéressants en personnage principal. Cette mécanique donne une vraie personnalité au jeu, car on peut parfaitement construire son équipe autour d'un seul combattant et utiliser les trois autres uniquement pour l'assister. Mais on peut aussi apprendre à jongler entre plusieurs personnages afin de multiplier les possibilités offensives et déstabiliser l'adversaire. Il faut donc bien réfléchir à la composition de son quatuor avant même de lancer un match.
Less is more. More or less.
L'une des grandes qualités les plus appréciables de Marvel Tokon Fighting Souls, c’est qu’il a été bâti pour qu’on puisse s'amuser immédiatement sans avoir encore compris ce que l'on est en train de faire. Les commandes modernes permettent notamment d'exécuter des coups spéciaux sans passer systématiquement par les traditionnels quarts de cercle. C'est une excellente porte d'entrée pour les joueurs qui n'ont jamais vraiment pratiqué le genre, et même les habitués peuvent y trouver leur compte lorsque l'on veut simplement jouer rapidement. Mais encore une fois, ne vous y trompez pas, Marvel Tokon Fighting Souls n'est pas un jeu simple, ni simpliste. C'est même probablement là que réside une partie de son intérêt, car plus on joue et plus on réalise que les mécaniques se superposent. Les assists permettent de prolonger les combos ou de maintenir la pression, les changements de personnage ouvrent de nouvelles possibilités et le jeu dispose d'un véritable système défensif, beaucoup plus intéressant que ce que la première prise en main pourrait laisser penser.

Le cross-over permet notamment de faire intervenir un partenaire pour casser la pression adverse, mais cette mécanique peut être anticipée avec le crossover reflect, qui retourne la situation et laisse l'adversaire vulnérable. À cela s'ajoute une autre mécanique, celle de parade qui peut absorber certaines attaques avant d'offrir une possibilité de contre-attaque. Je sens que j’ai déjà perdu certains d’entre vous, mais en vrai, si on est un habitué des jeux de baston, tout cela est relativement facile à comprendre sur le papier. En revanche, le maîtriser en plein combat est une autre histoire. Et c'est précisément ce qui me plaît dans ce Marvel Tokon Fighting Souls, car le jeu ne vous demande pas immédiatement de connaître toutes ses subtilités, mais il vous donne suffisamment de matière pour avoir envie de les découvrir.
Il est évident que le studio Arc System Works a cherché constamment le point d'équilibre entre spectacle et lisibilité, et ne l’a pas toujours bien trouvé.
Il y a néanmoins un problème qui revient régulièrement dans Marvel Tokon Fighting Souls, surtout pendant les premières heures, ce sont les assists, qui ne sont pas toujours aussi intuitives qu'elles devraient l'être. Par exemple, le timing pour appeler un partenaire est assez strict et certaines situations donnent l'impression que le jeu refuse purement et simplement votre commande. On appuie, rien ne se passe, puis quelques secondes plus tard on comprend qu'il fallait attendre un timing précis ou que la situation ne permettait simplement pas l'intervention. C'est assez frustrant il faut bien l’admettre, surtout lorsqu'on est encore en train d'apprendre. A bien y réfléchir, cette rigidité a probablement été pensée pour éviter que les combats deviennent complètement incontrôlables, mais elle produit parfois l'effet inverse. Parce qu’une fois les huit personnages présents à l'écran, les assists peuvent s'enchaîner à une vitesse folle et il devient franchement difficile de comprendre qui vient de faire quoi. Alors oui, le spectacle est alors explosif, mais la lisibilité du combat devient nettement moins évidente. Et en vrai, c'est assez révélateur de Marvel Tokon Fighting Souls dans son ensemble. Il est évident que le studio Arc System Works a cherché constamment le point d'équilibre entre spectacle et lisibilité, et ne l’a pas toujours bien trouvé. C'est d'autant plus dommage qu'Arc System Works semble avoir fait énormément d'efforts pour rendre son jeu accessible.

Casting 21 étoiles
Avec 21 personnages au lancement, Marvel Tokon Fighting Souls n'est pas particulièrement généreux pour un jeu reposant sur des équipes de quatre. C'est probablement l'un des rares reproches que l'on peut difficilement contourner. Parce que bon, cinq équipes de 4 personnages, ça fonctionne très bien pour présenter le concept, mais cela signifie aussi que les compositions adverses vont rapidement commencer à se répéter. Et pourtant, je n'ai pas eu cette sensation de roster bâclé, car malgré des noms un peu obscurs pour le joueur lambda, Arc System Works a privilégié la personnalité à la quantité. Spider-Man ne se joue pas comme Iron Man, qui ne se joue pas comme Magneto, qui lui-même n'a rien à voir avec Deadpool. Le studio est même allé chercher quelques personnages moins évidents, ce qui donne au casting une saveur particulière. Et oui, Ms. Marvel mérite son petit moment de gloire, tout comme Magik et Danger qui se distinguent par leur agressivité. Leur intégration fait partie de ces choix qui montrent que le studio ne s'est pas contenté de sélectionner uniquement les visages les plus rentables de la licence. Le travail réalisé sur Deadpool est également particulièrement amusant, vu que le personnage est évidemment capable de briser le quatrième mur. Mais Arc System Works a poussé le concept assez loin en multipliant les références à l'histoire du VS Fighting dans ses animations, mais aussi ses attaques.
Autrement, il suffit de quelques secondes devant Marvel Tokon Fighting Souls pour comprendre que l'on n'est pas chez Capcom. Au contraire, la patte Arc System Works est partout. Qu’il s’agisse des animations qui sont extrêmement travaillées, les attaques spéciales qui débordent d'effets et les personnages qui semblent constamment sortir d'une bande dessinée en mouvement : c’est ultra satisfaisant à regarder. Le studio avait d'ailleurs expliqué avoir d'abord expérimenté une approche davantage inspirée du comic book américain (pléonasme je sais) avant de finalement pousser le jeu vers une esthétique animé, beaucoup plus proche de son identité habituelle. Et c'était probablement le bon choix, car le résultat est franchement magnifique, notamment pendant les attaques ultimes et les transitions de scène. Les décors regorgent également de petits détails qui récompensent les fans attentifs.

Solo del mar
Comme dans beaucoup de jeux de combat, on pouvait craindre le pire pour le mode solo, avec un scénario prétexte servant simplement à justifier une succession d'affrontements. Et si l'histoire de Marvel Tokon Fighting Souls ne va évidemment pas révolutionner le genre, les Épisodes ont au moins le mérite d'être suffisamment bien écrits pour donner envie de voir la suite. Sans doute parce que Kieron Gillen a signé les dialogues et a profité du format pour faire fonctionner les interactions entre les différents personnages. C'est particulièrement réussi avec Deadpool, mais également avec Doctor Doom, dont l'ego et la personnalité sont parfaitement exploités. Certaines associations improbables fonctionnent d'ailleurs beaucoup mieux qu'on aurait pu l'imaginer. Et puis, la présentation sous forme de cases comics participe également à l'identité de ce mode pas si inintéressant. Chaque équipe bénéficie d'une direction artistique spécifique et l'ensemble est suffisamment soigné pour donner l'impression de lire une petite histoire Marvel plutôt que d'enchaîner mécaniquement les combats.
En fait, le problème est davantage une question de quantité, car les Épisodes restent relativement courts et le contenu solo manque globalement de densité pour un jeu qui aurait pu faire de cette partie une véritable porte d'entrée dans ses mécaniques. C'est dommage, car il y avait matière à faire beaucoup plus, mais au moins l'apprentissage est quant à lui particulièrement bien pensé. D’ailleurs, c'est paradoxalement dans les outils d'entraînement que Marvel Tokon Fighting Souls montre peut-être le mieux ce qu'il veut devenir. Le tutoriel général est assez indigeste au départ, car il essaie de vous expliquer énormément de choses très rapidement et ne réussit pas toujours à hiérarchiser les informations. Mais une fois cette première étape passée, les choses deviennent beaucoup plus intéressantes. Chaque combattant dispose de son propre guide, avec ses mouvements et ses spécificités, mais surtout des défis qui demandent de comprendre comment fonctionne son gameplay.

La suite au prochain Episode
Les missions de niveau sont probablement mon système préféré. Plutôt que de vous demander simplement de reproduire une combinaison de touches, elles imposent des contraintes : atteindre un certain niveau de dégâts, commencer un combo d'une certaine manière ou intégrer plusieurs attaques spécifiques. Autrement dit, le jeu vous demande de réfléchir et surtout d’analyser. C'est une excellente façon d'apprendre un jeu de combat, parce qu'elle pousse le joueur à comprendre pourquoi un combo fonctionne plutôt qu'à simplement mémoriser une séquence.
En dehors des Épisodes, Marvel Tokon Fighting Souls propose plusieurs modes permettant de prolonger l'expérience, notamment l'Arcade et la Survie, cette dernière pouvant rapidement devenir un véritable test d'endurance. Le jeu propose également un mode plus décontracté sous forme de party game, avec des personnages en version chibi et des affrontements plus légers. Mais soyons honnête, le véritable avenir de Marvel Tōkon se trouve dans son mode en ligne, on ne vous apprend rien. C'est là que la profondeur du système prend tout son sens, et c'est également là que le jeu pourra évoluer avec les futures saisons et l'arrivée de nouveaux personnages. Arc System Works a déjà annoncé vouloir enrichir le contenu du jeu après son lancement, ce qui est presque indispensable avec un roster de seulement 21 combattants. Si le studio parvient à maintenir un bon rythme de mises à jour et surtout à écouter sa communauté, Tokon pourrait rapidement devenir beaucoup plus riche qu'il ne l'est aujourd'hui.