Maxime Chao
Maxime Chao

C’est une reconnaissance historique pour Shigeru Miyamoto et pour toute l’industrie du jeu vidéo. Ce 23 octobre 2026, le gouvernement japonais a annoncé que le créateur de Super Mario allait recevoir l’Ordre de la Culture, soit la plus haute distinction culturelle du pays. C’est une première pour un créateur de jeux vidéo, et ce près de 50 ans après son arrivée chez Nintendo. Une récompense qui vient saluer une carrière exceptionnelle, mais aussi la place qu’a prise le jeu vidéo dans la culture japonaise.

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Créé en 1937, l’Ordre de la Culture a déjà été remis à de grandes figures du pays, comme le peintre Yokoyama Taikan, le prix Nobel de physique Hideki Yukawa ou encore les légendes du baseball Sadaharu Oh et Shigeo Nagashima. Voir aujourd’hui Shigeru Miyamoto rejoindre cette liste en dit long sur le chemin parcouru par le jeu vidéo, longtemps considéré comme un simple divertissement. La veille de l’annonce officielle, le créateur japonais avait justement rencontré la presse au siège de Nintendo, à Kyoto. Visiblement gêné par cette distinction, il a tenu à rappeler qu’il ne considérait pas cette récompense comme une réussite personnelle. « Les jeux ne sont pas quelque chose que l’on crée seul. Ils sont le fruit du travail de nombreuses personnes », a-t-il expliqué en substance, ajoutant qu’il acceptait cette distinction en ayant le sentiment de représenter toutes celles et ceux qui ont travaillé à ses côtés.

Pour Miyamoto, le jeu vidéo est devenu une culture à part entière

Au cours de cette conférence de presse, Shigeru Miyamoto a également été interrogé sur la place du jeu vidéo dans la société. Lui qui a rejoint Nintendo en 1977 a vu le secteur évoluer pendant près d’un demi-siècle, jusqu’à devenir un loisir populaire dans le monde entier. Sa réponse est assez simple : « Le fait que les jeux soient devenus une culture signifie qu’ils sont devenus quelque chose de courant. » Autrement dit, le jeu vidéo n’a plus besoin de justifier sa place dans le paysage culturel, il fait désormais partie du quotidien, au même titre que le cinéma ou d’autres formes de divertissement. Et quand on regarde le parcours de Shigeru Miyamoto, difficile de lui donner tort. Avec Super Mario, The Legend of Zelda ou encore Donkey Kong, le créateur japonais a participé à façonner des univers qui ont marqué plusieurs générations de joueurs.

Cette reconnaissance officielle arrive donc à un moment symbolique. Le jeu vidéo est aujourd’hui un secteur majeur au Japon, mais aussi un moyen d’expression qui a largement dépassé le cadre du divertissement. Le fait qu’un de ses créateurs reçoive une distinction aussi prestigieuse montre que cette évolution est désormais reconnue au plus haut niveau.

Nintendo

Un travail d'équipe, il rend hommage

Au cours de cette rencontre, le créateur de Mario est également revenu sur les personnes qui ont marqué son parcours. Il cite notamment Hiroshi Yamauchi, l’ancien président de Nintendo, qui l’encourageait à privilégier les idées originales, ainsi que Gunpei Yokoi, le père de la Game Boy. Il évoque aussi Shigesato Itoi, créateur de la série Mother, et les mangakas Fujio Akatsuka et Osamu Tezuka, dont les œuvres ont nourri son imaginaire.

Et pour ceux qui pensaient que Shigeru Miyamoto allait désormais se contenter de transmettre son expérience, ce dernier a une autre idée en tête. Il travaille actuellement sur des films avec des professionnels du cinéma, mais il aimerait aussi revenir à la création d’un jeu. « Tant que je suis motivé, j’ai envie d’expérimenter différentes choses », a-t-il expliqué, en évoquant son envie de proposer quelque chose de nouveau chez Nintendo et de surprendre ses propres équipes. À 73 ans, le créateur japonais semble donc loin d’avoir rangé ses idées au placard, et c'est exactement ce dont on avait besoin.

Shigeru Miyamoto en 2015 dans les locaux de Jeuxactu
Shigeru Miyamoto en 2015 dans les locaux de Jeuxactu

Il en pense quoi de l'IA Mr Miyamoto ?

Shigeru Miyamoto a aussi profité de cet échange avec la presse pour parler de l’intelligence artificielle générative et de son impact potentiel sur la création. Pour expliquer son point de vue, il est revenu sur la manière dont le métier de designer a évolué avec les outils informatiques. À une époque, il fallait maîtriser certaines techniques, comme le lettrage, pour réaliser de belles affiches ou mettre en page des textes, exploque-t-il. Puis les ordinateurs ont facilité une grande partie du travail technique. Il est devenu possible de récupérer des images, de copier du texte et d’obtenir rapidement un résultat propre. À partir de là, ce qui faisait la différence, c’était moins la capacité à utiliser les outils que le regard du créateur et ses idées.

L’IA pourrait donc permettre à davantage de personnes de se concentrer sur la partie créative, plutôt que de passer du temps sur des opérations techniques. Shigeru Miyamoto y voit une perspective intéressante, car ces outils pourraient pousser les créateurs à mieux définir ce qu’ils veulent raconter ou faire vivre aux joueurs. Cela ne signifie pas pour autant que les idées vont apparaître toutes seules. Avoir accès à des outils performants ne suffit pas pour devenir un bon créateur. Le regard, l’expérience et la capacité à imaginer quelque chose de différent restent essentiels. C’est justement ce qui ressort de son témoignage : la technologie peut faciliter le travail, mais elle ne remplace pas ce qui donne une personnalité à une création.

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