Le divorce entre Sony et Hideo Kojima autour du jeu PHYSINT est en train de prendre une tournure dramatique, avec des règlements de compte en public. Alors que le créateur de Metal Gear Solid travaillait jusqu’ici sur deux projets en parallèle, l’un avec Xbox, à savoir OD, et l’autre avec Sony, ce fameux PHYSINT son ambitieux jeu d’espionnage, les deux parties ont finalement décidé de mettre un terme à leur collaboration. Et si l’annonce pouvait laisser penser à une simple séparation entre deux partenaires, les raisons seraient en réalité beaucoup plus complexes.
Car selon les informations rapportées par Bloomberg, plusieurs éléments auraient fini par inquiéter Sony. D’abord, la relation entre Hideo Kojima et PlayStation n’était plus tout à fait la même depuis le départ de nombreux cadres qui entretenaient depuis des années des liens étroits avec le créateur japonais. Surtout, les performances commerciales de Death Stranding et Death Stranding 2 n’auraient pas répondu aux attentes de Sony. Les deux jeux auraient respectivement atteint environ 5 millions et 2,5 millions d’exemplaires vendus selon les dernières estimations évoquées par Forbes.

Règlements à OK Corral
À cela s’ajoute un problème autrement plus préoccupant pour un constructeur : PHYSINT aurait accumulé les retards et dépassé son budget alors que le jeu serait encore loin de sa sortie. Annoncé en 2024, le titre devait déjà nécessiter plusieurs années de développement supplémentaires. Pour une industrie où les coûts de production des AAA atteignent désormais des sommets, Sony aurait donc fini par considérer le projet comme un pari particulièrement risqué. Dans un message publié après l'annonce de Sony, Hideo Kojima a expliqué que PlayStation avait en réalité envisagé de mettre purement et simplement fin à PHYSINT dès le mois de juin. Kojima Productions aurait alors passé les trois mois suivants à chercher un nouveau partenaire afin de sauver le projet.
Et ce partenaire, tout le monde le connaît : c'est Xbox. Kojima affirme que le studio a finalement choisi Microsoft parce que les deux sociétés partageaient une « vision pour l’avenir », permettant ainsi à PHYSINT de poursuivre son développement. Le retournement de situation est évidemment assez spectaculaire. Quelques heures seulement après avoir appris que Sony ne souhaitait plus travailler sur le jeu, Kojima Productions annonçait donc que celui-ci continuerait avec le principal concurrent de PlayStation. Une opération qui ressemble forcément à une victoire symbolique pour Xbox, même si Microsoft ne va évidemment pas dépenser potentiellement des centaines de millions de dollars uniquement pour infliger un camouflet à Sony.
Fin des privilèges techniques pour Kojima
La rupture avec Sony pourrait donc obliger Kojima Productions à revoir une partie de ses plans pour PHYSINT. Jusqu’ici, le projet était développé dans l’écosystème PlayStation avec un accès aux technologies maison de Sony. Désormais, le studio doit composer avec un nouveau partenaire, Xbox, et potentiellement avec une contrainte majeure : développer son prochain jeu sans le moteur qui a servi de base à ses deux précédentes productions. Bien sûr, Kojima Productions pourrait évidemment se tourner vers une autre solution, notamment un moteur tiers comme l'Unreal Engine par exemple, ou éventuellement développer sa propre technologie. Mais un changement de moteur en cours de production peut représenter un chantier considérable, particulièrement pour un jeu AAA aussi ambitieux que PHYSINT. Aussi, changer d'environnement technologique à ce stade pourrait donc ajouter une nouvelle couche de complexité à une production qui n'était déjà pas considérée comme simple.
Autre élément important : PHYSINT n’était pas destiné à rester éternellement une exclusivité PlayStation. Comme pour Death Stranding, Kojima Productions conserve la propriété de la licence et Sony n’avait pas vocation à contrôler définitivement le jeu. Le problème est que cette nouvelle collaboration soulève elle aussi plusieurs questions. PHYSINT avait été présenté comme une expérience particulièrement ambitieuse, à mi-chemin entre jeu vidéo et cinéma. Kojima comptait notamment s'appuyer sur l'écosystème de Sony Pictures et Columbia Pictures pour renforcer cette dimension cinématographique. Avec la fin du partenariat, cette partie du projet semble désormais devoir être repensée.

Sony qui passe pour le méchant de l'histoire
Sur le papier, Sony pourrait donc avoir de bonnes raisons de vouloir limiter les risques financiers autour de PHYSINT. Le marché du AAA est devenu extrêmement coûteux, les délais de développement explosent et même des productions portées par des créateurs mondialement reconnus ne sont plus assurées de rencontrer le succès commercial attendu. Mais dans le contexte actuel, l'image renvoyée par cette séparation est particulièrement mauvaise pour PlayStation. Voir Hideo Kojima expliquer publiquement que Sony voulait annuler son jeu, avant de le voir repartir quelques semaines plus tard chez Xbox, donne forcément l'impression que Microsoft vient de récupérer un projet que son concurrent ne voulait plus financer. Et c'est probablement ce qui rend cette histoire aussi embarrassante pour Sony. La firme japonaise a déjà dû faire face à plusieurs décisions difficiles ces derniers mois, notamment autour de ses jeux service et de certains projets annulés ou retardés. Dans ce contexte, perdre un créateur aussi prestigieux que Kojima au profit de Xbox, même pour des raisons financières potentiellement compréhensibles, est forcément difficile à défendre en termes de communication.
Kojima VS Konami, l'histoire se répète...
Cette situation rappelle forcément le précédent Konami, avec lequel Hideo Kojima avait fini par rompre les liens en 2015 après une relation devenue particulièrement tendue pendant le développement de Metal Gear Solid 5 The Phantom Pain. À l’époque déjà, les coûts et la durée de production du jeu avaient largement dépassé les prévisions initiales, au point de devenir un sujet de friction majeur entre le créateur et son éditeur. La comparaison avec PHYSINT est donc assez troublante : une nouvelle fois, un projet signé Kojima semble confronté à une production particulièrement longue et coûteuse, avec un budget qui aurait déjà dépassé les attentes alors que le jeu est encore loin d’être terminé.
Hideo Kojima traîne depuis longtemps cette réputation de créateur extrêmement ambitieux, capable de pousser très loin ses idées, quitte à prendre le temps et les moyens nécessaires pour les concrétiser. Une liberté créative qui a évidemment contribué à faire sa légende, mais qui peut aussi devenir un véritable casse-tête pour les éditeurs lorsqu'il s'agit de maîtriser les coûts. Chez Konami comme désormais chez Sony, la question du budget semble ainsi avoir fini par rattraper les ambitions du créateur. La différence, cette fois, est que Kojima a pu trouver une porte de sortie avec Xbox avant que PHYSINT ne soit définitivement enterré.
