Maxime Chao
Maxime Chao

Alors que l’industrie occidentale du jeu vidéo traverse une période particulièrement difficile, marquée par des vagues de licenciements, des fermetures de studios et des projets annulés, de nouveaux acteurs prennent de plus en plus d'importance en Asie. La Chine a déjà démontré qu’elle pouvait rivaliser avec les plus grands éditeurs internationaux en créant ses propres licences, de Black Myth Wukong à Genshin Impact, en passant par Phantom Blade Zero ou bien encore Where Winds Meet, mais elle n’est plus le seul pays à vouloir changer la donne. En Asie du Sud-Est, plusieurs marchés cherchent à leur tour à se faire une place, avec des studios qui gagnent en expérience et des gouvernements prêts à investir pour développer leurs industries créatives. C’est dans ce contexte que la Malaisie entend accélérer son développement dans le secteur, comme l’a montré le Level Up KL 2026, organisé les 14, 15 et 16 octobre à Kuala Lumpur. Ce rendez-vous, porté par la Malaysia Digital Economy Corporation (MDEC), a réuni développeurs, éditeurs et investisseurs autour d’une ambition qui dépasse la sous-traitance, à savoir faire émerger des studios plus solides, attirer des financements et donner aux créations malaisiennes les moyens de conquérir un public international. 

C'est avec un grand sourire que les responsables de la Malaisie veulent grandir dans le jeu vidéo
C'est avec un grand sourire que les responsables de la Malaisie veulent grandir dans le jeu vidéo

La Malaisie veut miser sur ses propres licences

Comme la Chine il y a encore quelques années, la Malaisie a longtemps travaillé dans l’ombre des grands éditeurs occidentaux, en participant depuis près de 25 ans au développement de jeux produits par les plus grandes entreprises du secteur. Cette expérience de l'out-sourcing lui a permis de bâtir un véritable savoir-faire, avec des équipes qualifiées, des artistes, des programmeurs et des spécialistes capables de contribuer à des productions internationales exigeantes. Le pays ne part donc pas de zéro, loin de là. Il dispose déjà des talents et de l’expertise nécessaires pour aller plus loin, avec une ambition qui consiste désormais à ne plus seulement mettre ses compétences au service des licences des autres, mais aussi à créer ses propres jeux et à développer des propriétés intellectuelles capables de rayonner à l’international.

Créé en 2015, le Level Up KL est devenu au fil des éditions un rendez-vous majeur du jeu vidéo en Asie du Sud-Est. Organisé par la Malaysia Digital Economy Corporation (MDEC), l’événement a pour mission de faire connaître les talents et les studios malaisiens au-delà de leurs frontières, tout en créant des passerelles avec les éditeurs, les investisseurs et les partenaires internationaux. Mais outre l'aspect humain avec des échanges qui se sont faits à travers des conférences et des rencontres entre professionnels, le salon cherche aussi à favoriser les collaborations commerciales, faciliter le financement des projets et donner davantage de visibilité aux productions locales. Pour la Malaisie, l’enjeu est donc de transformer son expertise en une industrie plus autonome, capable de développer ses propres licences et de conquérir les marchés mondiaux. Un enjeu de taille, surtout dans un contexte où les coûts de production augmentent, les financements se font plus difficiles à obtenir et plusieurs studios ont dû fermer leurs portes depuis la fin de l’euphorie post-pandémie.

Contenu YouTube, masqué tant que vous ne l’avez pas autorisé.
Si vous autorisez l’affichage de ce contenu, Google déposera des cookies sur votre appareil et recevra votre adresse IP.

Ondeh Ondeh est l'un des jeux vidéo malaisiens les plus réputés du pays

Plus de 50 intervenants et une ouverture internationale

Lors de l’ouverture de l’événement, le vice-ministre du Numérique, Datuk Wilson Ugak anak Kumbong, a rappelé que le pays cherchait à accélérer le développement de son industrie créative numérique. La feuille de route portée par le ministère du Numérique et mise en œuvre avec le soutien de la MDEC fixe des objectifs ambitieux à l’horizon 2030, avec 9 milliards de ringgits malaisiens de revenus pour les industries créatives numériques, 6 milliards de ringgits d’exportations, 6 milliards d’investissements stratégiques et la création de 10 000 emplois à forte valeur ajoutée. Derrière ces chiffres, la question de la propriété intellectuelle occupe une place centrale. D’après les premières données de la MDEC, l’écosystème malaisien du contenu numérique compte environ 300 entreprises bénéficiant du statut Malaysia Digital, dont une centaine travaillent dans le développement de jeux vidéo, qu'il s'agisse de prestations pour des clients extérieurs ou des créations de licences originales. Le pays dispose donc déjà d’un tissu de studios et de talents, mais doit encore consolider ses capacités pour faire naître des productions locales capables de s’imposer au-delà de ses frontières.

Il faut dire aussi que l’IA pourrait devenir un avantage concurrentiel pour les studios d’Asie du Sud-Est, où son adoption semble rencontrer moins de résistance qu’en Occident. Une étude de BCG publiée en octobre 2025 relevait déjà un enthousiasme particulièrement élevé en Malaisie, où 68% des personnes interrogées se disaient optimistes à l’égard de l’IA générative.

Pour cette édition 2026, le Level Up KL proposait plus de 50 intervenants, 25 conférences, 5 événements partenaires et 2 ateliers de formation avancée. Le programme réunissait des initiatives aux profils variés, du Game UX Summit, organisé pour la première fois en Asie, à Games for Change, en passant par Xsolla Connect KL et des sessions consacrées aux écosystèmes de Nintendo et PlayStation. Des formations autour d’Unreal Engine, une rencontre dédiée aux femmes dans le jeu vidéo et un espace élargi pour les productions indépendantes complétaient le dispositif. Mais ce n'est pas tout, les SEA Game Awards ont également récompensé la créativité et le savoir-faire technique des développeurs d’Asie du Sud-Est (on a gratté un papier dessus aussi que vous pouvez lire ici), une région dont les studios cherchent à gagner en visibilité auprès des éditeurs et investisseurs internationaux. La MDEC espérait par ailleurs faciliter 400 rendez-vous professionnels, générer 120 millions de ringgits d’opportunités à l’export et attirer 100 millions de ringgits d’investissements, avec une centaine d’entreprises attendues dans ses programmes de mise en relation.

Le studio Metronomik est le grand gagnant des SEA Game Awards cette année avec Ondeh Ondeh
Le studio Metronomik est le grand gagnant des SEA Game Awards cette année avec Ondeh Ondeh

L’IA, un levier pour les studios malaisiens

L’autre grand sujet de cette édition concerne l’arrivée de l’intelligence artificielle dans les méthodes de production. Pour Ganesh Kumar Bangah, Président de la MDEC, ces technologies peuvent améliorer la productivité, réduire certains coûts et accélérer les cycles de développement, mais elles ne sauraient remplacer la créativité, l’imagination ou la qualité de l’écriture. La Malaisie cherche donc à associer ses compétences humaines aux nouveaux outils afin que ses studios puissent se distinguer par la qualité de leurs jeux, plutôt que par leurs seuls coûts de production. Il faut dire aussi que l’IA pourrait devenir un avantage concurrentiel pour les studios d’Asie du Sud-Est, où son adoption semble rencontrer moins de résistance qu’en Occident. Une étude de BCG publiée en octobre 2025 relevait déjà un enthousiasme particulièrement élevé en Malaisie, où 68% des personnes interrogées se disaient optimistes à l’égard de l’IA générative. Dans le jeu vidéo, le contraste est également visible entre les débats qui agitent l’industrie occidentale et l’adoption plus rapide de ces outils dans plusieurs marchés asiatiques.

Et pour des studios malaisiens qui cherchent à rivaliser avec des productions internationales disposant de budgets et d’équipes considérables, l’IA peut représenter un moyen d’accélérer certaines étapes de développement, de réduire des coûts et de tester davantage d’idées sans devoir mobiliser immédiatement des effectifs gigantesques. Là où une partie de l’industrie occidentale reste paralysée par les débats sur la légitimité de ces technologies, les pays qui sauront les intégrer intelligemment à leurs méthodes de travail pourraient prendre une longueur d’avance. Cela ne signifie pas que les questions liées à l’emploi et aux droits des artistes doivent être balayées, mais refuser de réfléchir à ces outils alors qu’ils progressent rapidement pourrait coûter cher aux studios qui ambitionnent de rester compétitifs.

Divers JV

Cette ambition s'inscrit aussi dans une stratégie nationale plus grande, baptisée "AI Nation 2030", qui n'est autre que le plan d’action de la Malaisie pour faire de l’intelligence artificielle un moteur de son économie d’ici la fin de la décennie. Portée par le gouvernement et coordonnée avec les acteurs de l’écosystème numérique, cette feuille de route '2026-2030' prévoit d’accélérer l’adoption de l’IA dans les entreprises et les services publics, tout en développant les compétences locales et la création de solutions technologiques malaisiennes capables de s’exporter en dehors des frontières du pays. Le jeu vidéo a donc toute sa place dans cette ambition, puisqu’il fait partie des industries créatives numériques que le pays cherche à faire grandir, aux côtés de l’animation et des technologies de création de contenu.

En janvier 2026, le ministère malaisien du Numérique soulignait déjà le rôle des jeux vidéo dans cette stratégie, un secteur qui peut tirer parti de l’IA pour accélérer le prototypage, optimiser certaines tâches de production et permettre aux studios de consacrer davantage de ressources à la conception et à la direction artistique. Pour les développeurs malaisiens, l’enjeu est donc double, à savoir adopter des outils qui pourraient réduire l’écart avec les grands studios internationaux, tout en développant les compétences et les créations originales qui leur permettront de peser davantage sur le marché mondial.

Les membres du gouverment malaisien devant le stand de Larian Studios au Level Up KL 2026
Les membres du gouverment malaisien devant le stand de Larian Studios au Level Up KL 2026

Avec l'aide du gouvernement malaisien

La MDEC étudie également la manière dont le National AI Compute Exchange (NACX), un dispositif national d’accès aux ressources de calcul, pourrait accompagner les studios dans cette transition. L’enjeu est de leur permettre d’expérimenter plus rapidement, de réaliser des prototypes dans de meilleures conditions et d’adopter progressivement ces nouveaux outils sans que l’accès aux infrastructures devienne un frein. D'ailleurs, la formation reste tout aussi importante, et c'est la raison pour laquelle le Level UpcKL a ainsi mis en place un espace dédié aux talents, avec du mentorat et des conseils de carrière assurés par des professionnels et des établissements d’enseignement. La MDEC poursuit en parallèle ses échanges avec les studios afin de mieux cerner leurs besoins en compétences et leurs attentes en matière d’investissement.

En tout cas, une chose est certaine aujourd'hui, c'est que la Malaisie affiche une ambition démesurée côté digital et développement de l'IA. Le pays veut renforcer son écosystème, retenir ses talents et faire émerger davantage de propriétés intellectuelles originales, à un moment où l’industrie mondiale cherche de nouveaux relais de croissance. Reste désormais à transformer ces objectifs et les opportunités annoncées en financements durables, en studios plus solides mais aussi en jeux capables de trouver leur public à l’international.

Divers JV

Qu’avez-vous pensé de cet article ?

Ajoutez-nous à vos favoris Google News
À lire aussi
Lords of the Fallen 2 : son système de combat va changer radicalement, voici les nouveautés en une vidéo de 53 min !
Lire →