Comme ne pas se rappeler de notre projo presse de Clayface ? C’était mi-septembre, le programme de notre journée avait de quoi faire des envieux : à 10 heures du matin, Warner nous proposait de voir Clayface, un peu plus d’un mois avant sa sortie officielle. À 13 heures, dans la même salle, et un casse-dalle en plus dans le bide, c’est Paramount qui nous conviat à découvrir Street Fighter, l’adaptation du célèbre jeu de combat de Capcom. On était excité comme Flea est capable de sautiller sur scène lors d’un concert des Chili Peppers. Difficile d’imaginer le choc qui allait suivre. D’un côté, un long-métrage qui assume ses choix, possède une vraie personnalité et cherche à raconter quelque chose. De l’autre, un vrai raté qui rappelle douloureusement qu’une licence connue et des personnages populaires ne suffisent pas à faire du bon cinéma. Un maelstrom d’émotions. Un grand écart dans les avis à la sortie de la salle. La suite vous la connaissez, puisque notre critique de Street Fighter a été publiée. Mais revenons à Clayface, parce que le film de James Watkins mérite qu’on s’y attarde. Alors que les adaptations de comics ont parfois tendance à se ressembler, DC Studios ose ici un vrai film d’horreur, sombre, violent et franchement réjouissant pour les amateurs de cinéma de genre. Tout n’est pas parfait, loin de là, mais cette proposition a le mérite de sortir des sentiers battus des films de super-héros habituels.

DC Studios

Babtou argile

Pour celles et ceux qui connaissent un peu l’univers de Batman, Clayface est un personnage particulièrement intéressant à adapter au cinéma d’horreur, mais surtout casse-gueule. Dans les comics, tous les Clayface ne se ressemblent pas, et Matt Hagen n’a pas toujours été le visage emblématique du personnage. Le tout premier, Basil Karlo, apparaît dès 1940 dans Detective Comics #40. À l’origine, c’est un acteur de films d’horreur qui bascule dans la folie après avoir appris qu’un autre comédien va reprendre l’un de ses rôles. Matt Hagen, lui, débarque en 1961 dans Detective Comics #298. À cette époque, il s’agit d’un chasseur de trésors qui découvre une substance capable de transformer son corps en argile malléable. Le Matt Hagen du film de James Watkins s’inspire davantage d’une autre version, popularisée par Batman, la série animée dans les années 1990. Cette fois-ci, Hagen est bien un acteur dont le visage est défiguré, et qui cherche un traitement expérimental pour retrouver son apparence. C’est cette dimension tragique que le film reprend, en poussant le curseur beaucoup plus loin du côté de body-horror.

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Dans le film de DC Studios, Matt Hagen est un comédien en pleine ascension qui vient de décrocher sa première nomination aux Oscars. Mais sa carrière bascule après une aventurette avec la compagne d’un ponte de la mafia de Gotham, qui décide de lui faire payer cet affront en le laissant le visage complètement ravagé. La scène est particulièrement difficile à regarder d’ailleurs, surtout à 10 heures du matin, quand le café n’a pas encore eu le temps de faire son effet ! Défiguré et incapable de reprendre le cours de sa vie, Matt Hagen se tourne vers Caitlin, une scientifique qui lui propose un traitement expérimental pour réparer les dégâts. Sauf que le remède va bien au-delà de ses espérances : il retrouve la capacité de modifier son apparence et de prendre le visage d’autres personnes, mais au prix d’effets secondaires dévastateurs. Pour un acteur dont le métier consiste justement à incarner d’autres personnages, le pouvoir a quelque chose d’assez ironique. Matt Hagen pense dans un premier temps pouvoir récupérer sa vie, mais son corps lui échappe peu à peu, sa colère prend le dessus sur ses émotions et surtout, son désir de vengeance finit par le précipiter dans une transformation monstrueuse.

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Un film DC qui n’a pas besoin de Batman

Et c’est là que le choix de Clayface est plutôt malin. Avec un personnage dont le corps peut littéralement se déformer et changer de visage, le terrain de jeu est idéal pour le body horror. Le cinéma d’horreur a toujours aimé ces histoires où le corps devient une prison, voire un ennemi. On pense forcément à La Mouche de David Cronenberg. La comparaison est flatteuse, même si Clayface ne pousse pas toujours ses idées aussi loin. James Watkins, à qui l’on doit Eden Lake, La Dame en noir et Speak No Evil, ne s’aventure pas forcément sur ce même terrain, mais n’hésite pas à repiquer des choses ici et là pour alimenter son cinéma. Et puis, le cinéaste britannique possède suffisamment d’expérience dans le cinéma de genre pour exploiter ce potentiel. Et il ne se prive pas justement pour faire grimper le malaise.

Il faut aussi préciser une chose, car puisqu’il s’agit d’une production DC Studios, on pourrait croire qu’on se trouve devant un nouvel épisode destiné à préparer la suite de l’univers imaginé par James Gunn et Peter Safran. Ce n’est pas vraiment le cas. Clayface fonctionne comme un film autonome, qui n’a pas besoin de faire débarquer Batman au dernier moment ni de multiplier les clins d’œil pour justifier son existence. Gotham est citée à de nombreuses reprises certes, parfois jusqu’à l’absurde, mais l’histoire reste concentrée sur Matt Hagen et sa descente aux enfers. Et c’est la bonne idée du film : faire une origin story sur l’un des méchants les moins connus de l’univers Batman, avec cette approche Joker dans sa proposition. Et ça marche !

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Belle substance

C’est évidemment dans les scènes de transformation que le film donne le meilleur de lui-même. Les premières séquences horrifiques mettent rapidement dans l’ambiance, avec des moments particulièrement répugnants qui rappellent que le corps humain peut devenir une source de terreur à lui tout seul. La peau se déforme, les traits changent, les matières semblent perdre toute logique. Le film ne cherche pas à rendre ces mutations élégantes ou simplement spectaculaires. Il veut qu’elles dérangent, et certaines images restent en tête bien après la séance.

Le travail sur les effets pratiques, le maquillage et les effets visuels constitue l’une des grandes réussites du long-métrage. Les trucages numériques viennent renforcer les transformations sans donner l’impression que tout a été fabriqué devant un écran vert. Les gros plans font une bonne partie du travail, tout comme le montage et le sound design, qui rendent certaines scènes franchement inconfortables. La séquence dans l’avion compte parmi les passages les plus marquants, avec une utilisation très efficace de l’espace et du son. Le dernier acte réserve également quelques idées visuelles bien senties, preuve que James Watkins sait encore surprendre lorsqu’il laisse parler son imagination.

Il faut aussi saluer le travail de montage, qui reste assez simple dans son approche, mais qui fait justement son petit effet. James Watkins ne cherche pas à en mettre plein la vue à chaque séquence avec des mouvements de caméra compliqués ou des effets visuels qui prennent toute la place. Il préfère jouer sur le rythme, les coupes franches et les gros plans pour installer un malaise, parfois même un certain dégoût. C’est d’autant plus appréciable que Clayface ne cherche jamais à se faire passer pour un blockbuster de super-héros à 200 millions de dollars. Le film n’a pas besoin d’explosions à répétition ou d’un spectacle numérique permanent pour exister. Il préfère travailler ses ambiances, jouer sur les détails et laisser les maquillages faire leur effet. Cette approche donne une vraie personnalité à l’ensemble. On sent que James Watkins a compris ce qui rend le personnage intéressant, à savoir cette frontière de plus en plus floue entre l’apparence et l’identité.

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Shout-out pour Tom Rhys Harries

Le choix de Tom Rhys Harries pour incarner Matt Hagen est lui aussi particulièrement convaincant. Avec son visage anguleux et son physique singulier, l’acteur possède une présence qui colle parfaitement au personnage. Il y a quelque chose d’un peu inquiétant dans ses traits, sans que cela l’empêche de rendre Matt Hagen attachant au départ. C’est important, car le film repose largement sur notre capacité à suivre un homme qui perd progressivement tout ce qui faisait de lui un être humain aux yeux des autres. Tom Rhys Harries parvient justement à faire sentir cette fragilité, puis cette colère qui prend peu à peu le dessus. Le personnage reste prisonnier de son apparence, même lorsque celle-ci devient malléable. Il veut être regardé comme un acteur, un homme, quelqu’un qui mérite encore sa place dans le monde. Mais plus son corps se transforme, plus il se retrouve enfermé dans le regard des autres. Naomi Ackie, qui interprète Caitlin, apporte de son côté une présence intéressante à cette histoire. Son personnage est à l’origine du traitement qui va bouleverser la vie de Hagen, mais ses motivations et les conséquences de ses recherches auraient parfois mérité davantage de développement. Le film préfère rester au plus près de la tragédie personnelle de son protagoniste, quitte à laisser certains éléments dans l’ombre.

Un scénario qui aurait pu aller plus loin

Car oui, Clayface a aussi ses limites. Le film est particulièrement efficace lorsqu’il se concentre sur l’horreur corporelle et la déchéance de Matt Hagen, mais son scénario se montre plus classique dès qu’il s’éloigne de cette trajectoire. L’antagoniste Markos Szabo, lié à la mafia de Gotham, manque d’épaisseur. Sa présence sert surtout à déclencher les événements, sans que le personnage bénéficie d’un véritable développement. Certaines scènes d’action prennent également des proportions un peu trop grandiloquentes, au point de frôler le ridicule. C’est dommage, car le film fonctionne beaucoup mieux lorsqu’il privilégie la tension et le malaise plutôt que les affrontements spectaculaires.

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Il y avait aussi matière à aller beaucoup plus loin dans la critique de Hollywood et de son obsession pour l’apparence. Matt Hagen est un acteur qui voit son avenir s’effondrer parce que son visage ne correspond plus aux attentes de l’industrie. Là où The Substance de Coralie Fargeat pousse le sujet dans ses retranchements, Clayface se montre plus sage. Et quand on voit le potentiel du personnage, on aurait aimé que le film ose davantage.

La comparaison avec Joker vient assez naturellement, même si les deux films ne racontent pas tout à fait la même chose. Là où le film de Todd Phillips montrait comment une société peut finir par broyer un homme jusqu’à le faire basculer, Clayface reste davantage centré sur la descente aux enfers de Matt Hagen et sa transformation physique. C’est plus intime, moins social, et c’est aussi là que le film montre ses limites. Avec un personnage pareil et tout ce que son histoire permet d’aborder sur l’apparence, la célébrité et la façon dont Hollywood traite ceux qui ne correspondent plus aux standards, il y avait franchement matière à aller plus loin. Le film fait le job, mais il reste parfois un peu trop sage, là où un peu plus d’audace aurait pu lui donner une tout autre dimension.

Les plus

  • Un vrai film d’horreur qui assume pleinement son côté body horror
  • Certaines scènes bien crades et particulièrement efficaces
  • Des effets pratiques, du maquillage et des effets visuels convaincants
  • Un montage simple mais efficace
  • Tom Rhys Harries, parfaitement choisi pour incarner Matt Hagen
  • Une mise en scène qui privilégie l’ambiance plutôt que le grand spectacle
  • Un film DC qui sait prendre des risques

Les moins

  • L’antagoniste mafieux qui manque de profondeur
  • La critique d’Hollywood et de son obsession pour l’apparence aurait mérité d’être développée
  • Un scénario parfois trop sage au regard du potentiel du personnage
  • Parfois pas assez sophistiqué

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