Alors que Michel Hazanavicius travaille actuellement sur la post-production de The Third Hand, son 10ème long-métrage, Vincent Maraval, patron de la société Goodfellas, a révélé que l’utilisation de l’intelligence artificielle avait permis de réduire de 10 à seulement 2 jours le tournage d’une importante scène de bataille. De quoi relancer le débat sur l'utilisation de l'IA dans les milieux artistiques, notamment celui de l'industrie du cinéma. Dans tous les cas, ici c'est assumé et c'est même largement mis en avant. On vous raconte. Enfin, je vous raconte.

Présenté comme un film fantastique en couleurs mais entièrement muet, The Third Hand est le nouveau projet de Michel Hazanavicius, réalisateur oscarisé de The Artist, à qui l'on doit aussi les deux premiers OSS 117, le troisième n'étant pas de lui et ça s'est vu dans le résultat final (Nicolas Bedos, si tu me lis...). Le cinéaste français adapte ici le roman éponyme d'Arthur Dreyfus, dans une histoire qui nous ramène en 1916, pendant la bataille de Verdun. Le film suit Paul Marchand, un jeune soldat français grièvement blessé au combat, mais à son réveil, il découvre qu'un savant fou lui a greffé une main allemande sur l'abdomen. Un postulat aussi étrange que complètement déluré pour un film qui mélange ambiance Première Guerre mondiale, fantastique et absurde, avec une mise en scène entièrement dépourvue de dialogues parlés. Bref, le pari est fou, mais ça donne clairement envie (Merci à Michel Hazanavicius et son producteur de tenter le pari d'ailleurs).
Le tournage vient de se terminer il y a quelques semaines et Michel Hazanavicius travaille désormais sur la post-production, avec son équipe habituelle de Digital District, sachant qu'une importante quantité d'effets visuels est à créer. Le réalisateur français a d'ailleurs préciser qu'il espère terminer son film au printemps prochain.
Une scène de bataille tournée en 2 jours grâce à l’IA
C'est dans ce contexte que Vincent Maraval, patron de Goodfellas, a évoqué l'utilisation de l'intelligence artificielle sur The Third Hand lors de la 5ème édition de la "Creative Investors' Conference" organisée à Saint-Sébastien. En fait, la société Goodfellas gère actuellement les ventes internationales du film et Vincent Maraval n'a eu aucune gêne (ni honte) d'expliquer à qui veut bien l'entendre comment l'utilisation de l'IA avait modifié le tournage d'une scène majeure située sur le champ de bataille de la Première Guerre mondiale.
« Le film commence sur le champ de bataille pendant la Première Guerre mondiale. Sans l'IA, cela aurait représenté 10 jours de tournage. Avec son aide, ce fut 2 jours », a expliqué le dirigeant de Goodfellas.
De quoi faire cogiter toute une industrie qui cherche encore à justifier des montants de production considérable, sans pour autant oublier tous les corps de métier qui risquent d'en pâtir... De toutes les façons, pour un film aussi ambitieux que The Third Hand, la différence est considérable pour une production qui doit reconstituer une période historique et une bataille de grande ampleur. Pour Vincent Maraval, l'utilisation de ces technologies permet de réduire le temps passé sur le plateau, tout en donnant aux équipes davantage de possibilités pour travailler ensuite sur les effets visuels et la création de l'environnement du film. Après, on n'a rien vu du résultat et quand on sait que certains cinéastes reviennent aux méthodes pratiques et ancestrales, le débat ne que continuer à se cripser, c'est évident.

Bientôt tous au chômage ?
Cette réduction du temps de tournage pose évidemment la question de l'impact de l'IA sur les emplois dans l'industrie du cinéma. Interrogé sur le sujet, Vincent Maraval a défendu une approche qui met davantage l'accent sur les nouvelles possibilités offertes aux cinéastes. De son point de vue, ces outils permettent aussi de faire exister des projets qui auraient été trop coûteux ou trop complexes à produire avec les méthodes traditionnelles. Maraval cite ainsi Flow, le film d'animation de Gints Zilbalodis, qui a remporté l'Oscar du meilleur film d'animation. Le réalisateur avait en effet conçu son film en grande partie sur son ordinateur à l'aide de logiciels adaptés à son processus de création. Pour Vincent Maraval, le projet n'aurait tout simplement pas pu voir le jour dans les mêmes conditions sans ces outils.
« Si nous utilisons l'IA pour ouvrir notre créativité et notre imagination, elle nous aidera », a-t-il déclaré.
Un casting français de premier plan ?
Mais parlons un peu de The Third Hand, car le film réunit à l'écran François Civil, Bérénice Bejo (c'était sûr), Rebecca Marder et Michel Fau. Le scénario a été écrit par Michel Hazanavicius et Thomas Cailley, ce dernier ayant également signé ''Les Combattants' et 'Le Règne animal'. Quant à la photographie, elle est signée David Chambille, tandis que la musique sera composée par Alexandre Desplat, oscarisé par deux fois : en 2015, pour The Grand Budapest Hotel (réalisé par Wes Anderson) et en 2018, pour La Forme de l'eau (réalisé par Guillermo del Toro). Patron quoi.
Autrement, le film est produit par Florence Gastaud et Michel Hazanavicius pour Les Compagnons du Cinéma, avec France 3 Cinéma et StudioCanal en co-production. D'ailleurs, c'est StudioCanal qui assurera sa distribution dans les salles françaises. On apprend aussi que la production a bénéficié du soutien de Canal+, Ciné+ OCS, France Télévisions, du CNC, des régions Île-de-France et Hauts-de-France ainsi que de plusieurs partenaires financiers internationaux.
